Épisode 6 : Certains regardent les étoiles à Fès

Dernier épisode avant notre retour à Paris. Je sens d’ici votre frustration. Quoi ? Comment ???…. Mais il va encore y avoir le taxi, la douane, le transport, encore la douane, le parking de l’aéroport et sa barrière maudite, les ascenseurs, des grèves à Paris peut-être même… Ils vont souffrir et être très stressés. J’en veux !!! J’en veux des infos horribles ! Et bien non ! Nous garderons un peu de mystère. 

Parlons plutôt de Fès…

Notre arrivée à Fès fut aussi rapide que notre départ. En revanche, la journée d’installation a été longue, épique et semée d’embûches. L’Institut français de Fès nous accueillait dans un complexe culturelle aux proportions titanesques joliment nommé en arabe « liberté ».

Mais malheureusement il n’est pas très équipé et surtout il dispose d’une salle dans laquelle le pré-montage et les recommandations techniques n’avaient pas été suivies malgré nos multiples vérifications. Au désespoir de Manu, de Michaël et de Brahim l’attaché culturel de l’Institut Français qui était fort contrarié de la situation. 

Pour vous donner une idée, nous n’avions pas d’échelle assez grande pour accéder aux projecteurs, il n’y avait aucune draperie (pendrillons pour masquer la scène), une partie des projecteurs été cassée, mal fixée, incomplète ou ne correspondaient pas à la demande initiale, les gradateurs n’étaient pas branchés… Une épreuve difficile pour Manu et Michaël qui étaient déjà bien fatigués de la tournée et surtout déçus de terminer nos représentations dans un stress aussi intense avec le risque de ne pas être opérationnel pour le soir. Si s’adapter est évidement la règle de se type de tournée, s’adapter demande un peu de temps et à défaut d’assistance. Chose que nous n’avions pas. 

Mais comme toujours avec beaucoup d’ingéniosité on a réussi notre coup. Mais il aura fallu par exemple poser le décor sur des accoudoirs de sièges de bureau dérobés à la sauvette dans le lieu qui ne voulait pas nous prêter le matériel adéquat…

La représentation a été un très beau moment avec une salle pleine d’un public familial attentif et attentionné. La plus grande fréquentation « tout public » de toute la tournée. Une réussite et un beau cadeau orchestré par Brahim de l’Institut français toujours là pour essayer de faciliter les choses et pour que le public profite au maximum ce ce moment. 

Photo du public Certains regardent les étoiles au Maroc
Photo du public durant la tournée au Maroc

Ce qui nous aura bouleversé ceux sont les rencontres à l’issue de la représentation. Le public attendait dans les couloirs pour nous parler. D’abord il y avait cet enfant de 7 ans en larmes parce qu’il voulait absolument voir les météorites de Victor. Il voulait faire le même métier aussi. Alors comment ne pas fondre et sortir nos pierres et le voir tout ému et enchaîner les questions. 

Ensuite il y avait cette jeune femme (Latifa) et ses amies elles aussi fébriles qui voulaient savoir le vrai, du faux, nous dire combien le spectacle leur avait donné envie de visiter le Muséum d’Histoire Naturelle ou nous témoigner l’importance pour elle de l’Institut français et l’importance de montrer ce type de spectacle en famille à Fès et au Maroc en général. Des femmes vraisemblablement enseignantes qui nous ont parlé de leurs projets avec les enfants sur les étoiles… Des femmes fortes, pleines d’une énergie communicative et des femmes très créatives à n’en pas douter !

Et puis il y a eu ce jeune garçon en préparation pour un concours national au Maroc. Il doit interpréter un texte d’un auteur russe qui parle de la seconde guerre mondiale. En cas de victoire il pourrait aller en final en Russie… Alors il parle interprétation avec Damien, trac, etc.

Le temps passe et le démontage suit son cours suivi du conditionnement du décor nécessaire au départ en avion. Opérations que nous avons mené avec beaucoup de sensualité. 

Brahim toujours là pour nous garder sous son aile veille au bon déroulement des choses mais un poil contrarié car Damien s’est fait dérobé son téléphone dans les loges. Mais rien n’entamera notre bonne humeur pas même le fait que Brahim nous attende seul au restaurant. Cette rencontre avec Brahim a été malgré la fatigue générale un moment précieux. C’est un érudit passionné de Culture au sens large, un esprit libre, curieux, espiègle et bienveillant dont la curiosité pour le monde qui l’entoure et aussi vaste que ce qu’il prend plaisir à transmettre. Nous sommes tombés sous le charme.

Dernière journée

La nuit passe et au matin nous décidons de mettre à profit cette ultime journée pour régler d’une part les démarches administratives suite au vol et de nous accorder un temps de promenade et de relaxation. 

Fès possède une médina traditionnelle préservée aux dimensions uniques dans le Maroc. Il y a des sites remarquables notamment… des jardins !! (moi je veux voir le jardin cette fois !!!! Personne ne m’en empêchera, foi de Damien…)

Nous voilà donc arpentant les rues de Fès en quête du jardin. Michaël que plus rien n’arrête prend la tête du convoie. Vous ne le devinerez jamais ! Il nous entraine sur une voie rapide au milieu des voitures !!!

Mais nous avons vaincu le mauvais oeil et la récompense fut belle car ce n’est pas 1 mais 2 jardins que nous avons pu visiter. Dont un pétri de l’influence arabe-andalouse qui lui donne un charme fou. 

Nous avalons un déjeuner au coeur de la médina est s’en suit une immersion dans son labyrinthe de ruelles. On a voulu nous envoyer 20 fois voir une synagogue quand on cherchez le quartier des tanneurs et nous avons copieusement tourné en cercles concentriques autour de la synagogue quand nous voulions rejoindre un hammam. À la suite de quoi, nous sommes allés dans le quartier des tanneurs quand nous voulions trouver la sortie de la médina. Bref tout était normal !! Michaël a passé son temps à chercher le palais des glaouis pour se repérer mais pour une raison inexpliquée on ne l’atteignait jamais. Résultat, l’après-midi a été régulièrement entrecoupée par des « c’est très simple il faut se diriger vers le palais El Glaoui » suivi de « mais les Glaouis ils ont encore disparu du plan, Manu !!  tu as vu El Glaoui ? » 

Manu et Damien : Glaoui (hiihihihihih) 

Michaël : vous êtes débiles ! Je vais jeter ce guide !!!

Totalement oint d’huile d’Argan après le hammam nous avons littéralement glissé sur notre autoroute en travaux jusqu’à un magnifique bar restaurant sur les hauteurs de Fès. Une dernière occasion d’embrasser la ville depuis la vue panoramique, enfoncer dans nos fauteuils moelleux au son de la musique traditionnelle jouée par le groupe de l’un des serveurs. 

Bonne nuit, Fès !

Au-revoir le Maroc et merci pour ces représentations, ces rencontres, cette découverte d’une culture et d’un nature qui nous étaient méconnues… Nous repartons avec la certitude que ces échanges de spectacles internationaux sont indispensables pour faire un monde un peu meilleur. Nous avons alors une pensée tendre pour l’un des lieux qui nous a vu grandir en tant qu’artistes et dont les équipes nous ont accompagné des années durant. Celles et ceux qui se souviennent du slogan d’Adel Hakim et Elisabeth Chailloux : « Théâtre des Quartiers d’Ivry, Théâtre des Quartiers du Monde » nous comprendrons.

Pour le plaisir voici quelques moments inattendus de la tournée :

Les beaux sites et salles de Marrakech et Meknès

Le catering de Tanger

Le dîner avec l’équipe de Tétouan dans notre riad

Apprendre par le public à Fès que le Maroc disposait de la passionnante Attarik foundation qui oeuvre dans le champs des étoiles avec à sa tête une femme de science remarquable Hasnaa Chennaoui.

Merci d’avoir suivi nos aventures sur le blog et les réseaux sociaux. Merci pour vos petits mots, vos encouragements, vos pensées et vos dons pour nous aider à continuer à créer et à raconter des histoires.

Merci aussi à toutes celles et ceux qui depuis la France nous ont porté dans les moments de joie comme les coups durs : Annabelle et Estelle bien-sûr et aussi les équipes du Théâtre Antoine Vitez (scène d’Ivry) et toute l’équipe de création de Certains regardent les étoiles qui habitait nos pensées.

À bientôt.

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