Épisode 5 : Certains regardent les étoiles à Meknès

C’est reparti pour un engloutissement de kilomètres ! De nouveau 6 bonnes heures de notre Youness-bus pour à arriver à Meknès. Comme le veut notre tradition c’est au petit matin que se joue la scène après le petit déjeuner rapidement avalé. Le chemin qui nous conduit à Meknès est plongé dans la pénombre et le brouillard. Nous traversons de nouveaux paysages plus montagneux et verdoyants. 

Après une pause café express au restaurant panoramique avec vue sur le barrage et la vallée dont nous n’aurons aperçu ni l’un ni l’autre nous continuons notre route entre chemins de terre, lacets, virages et soubresauts… La vue était superbe mais cette tenace envie de vomir pendant 5h c’était un chouya pénible !!! Heureusement que nous pouvions compter sur DJ Youness pour essayer de nous divertir. 

L’arrivée à Meknès dans la salle de l’Institut français s’est parfaitement déroulée. Comme pour Marrakech, l’Institut est regroupé sur un seul grand site avec un grand parc qui l’entoure. Les deux services de montage se passent bien mais tout le monde est fatigué et la journée de off qui nous attend le lendemain est vitale. 

Parlons en de cette journée de off…

Je vous passe notre matinée à trainasser au lit. 

Tout commence par une expédition dans la médina pour un déjeuner tardif dans un restaurant avec une magnifique vue sur la ville. Le restaurant porte le nom de : Le collier de la colombe, une occasion rêvée pour Damien de fredonner en boucle à Michaël 1000 Colombes de Mireille Mathieu. 

Tout y est très bon dans ce restaurant même si le service semble s’étirer dans le temps. Avec le recul, c’était sûrement pour nous prévenir de ce qui nous attendait !! 

Michaël la carte au poing nous dirige d’un pas décidé vers la prison des chrétiens. Vraisemblablement pour y jeter Damien qui un poil agaçant ne cesse de répéter en boucle qu’on va se perdre, qu’il veut rencontrer le Sultan et qu’il ne veut plus voir de pierres. Il veut voir un jardin, il veut voir un jardin, il veut voir un jardin, il veut voir un jardin… 

Après quelques pièges et cul-de-sac dans la médina (je l’avais dit, moi, je veux voir un jardin…) nous arrivons devant la dite prison dont l’accès est agrémenté de calèches aux toits richement ouvragés de dorures, de miroirs et de paillettes. C’est Manu qui cette fois devance Damien en disant qu’il est vital qu’il prenne un carrosse pour la visite. Vous vous doutez bien que l’individu en question qui est extrêmement contrariant va dire… Oh oui, mais je veux la calèche la plus chatoyante et magnifique de la ville. Celles-ci ne me plaisent pas !!!

Elle va être pénible cette journée… et longue aussi…

Un coup d’oeil sur la droite nous révèle un site magnifique : le mausolée de Moulay Ismaïl. Sultan de sa fonction. MOI JE VEUX VOIR LE SULTAN !! Soupir fatigué de l’assemblée. Lecture du guide par Michaël. Approche stratégique du bâtiment… fermé !

Nous nous engageons pour visiter la prison, ouverte elle, mais Michaël nous arrête royalement : « attendez je vais lire le guide pour savoir si ça vaut le coup de payer » Verdict du guide : sauf s’il y a une expo temporaire, ce site est n’est qu’une grotte dans le sol plongée dans le noir avec quelques orifices au plafond… Bien, donc sauf y abandonner Damien inutile de perdre du temps. 

Michaël pour faire taire Damien choisit le jardin et le bassin de l’Agdal… C’est là où tout bascule ! Un fascicule dans une main, Google Map dans l’autre et le guide entre les dents Michaël dont la passion des cartes n’est plus a prouver fend la route… dans le mauvais sens. Après quelques mètres dans un dédale de calèches rappelant davantage une sortie de bal de « Cendrillons » bourrées qu’une protocolaire fin des 1001 et une nuits ; nous nous résignons à faire demi-tour. Cette fois c’est certain direction le Jardin !! Vengeur et tenace Michaël balaie d’un revers de main l’option touristique par la médina et choisi la route la plus rapide. La voie rapide pour automobiles qui longe le palais royal. Vous allez me dire qu’avec Marrakech on aurait du avoir un doute. Mais non. 

Après une bonne vingtaine de minutes de marche sous un soleil espiègle nous arrivons devant le palais du Roi bardé de militaires, sur une place traversée façon place de l’étoile par des automobiles sans vergognes. Notre guide spirituel prend sa mine contrariée, l’entrée du jardin est bouchée  !!!! Après quelques atermoiements on fonce dans une nouvelle portion de voie rapide, le coeur vaillant. Un militaire au sourire flamboyant et aux dents dansantes nous explique le chemin. Ce n’est pas si loin. Après quelques pas… Damien vérifie. « Michaël, tu as vu comme moi il a dit droite avec la bouche et gauche avec la main, non ? « … Ah oui, oui, oui ! »

Le scélérat !!! 

Nous ne nous ferons pas piéger. On tourne à gauche toute, il y a du vert et une route plus petite… Hourra !!!!

LE PARC DES EXPOSITION !!! Avec le Salon de l’agriculture du Maroc TROP BIEN !!! Ce n’est pas là du tout. 

Palsambleu !! On ne perdra pas cette fois. Nous aurons le bassin de l’Agdal à notre compteur. 

Un jeune couple posé sur une souche nous renseigne par un sympathique mais vague, « C’est par là. » 

Manu plein de fougue sur cette nouvelle route s’écrie les yeux humides d’émotions ! On arrive regardez ces grilles finement ouvragées et ces fers forgés dorés ! C’est beaucoup plus beau, c’est là !

Oui Oui OUI !!! Répondent en coeur ses acolytes. 

Damien : « C’est tout de même fou d’avoir planté la photo du Roi en habit militaire dans ce jardin… »

Pas si fou que ça puisque c’était : La caserne militaire !

C’était la goutte de trop. On abandonne, on avance jusqu’au carrefour et on monte dans un petit taxi bleu layette pour rejoindre la place centrale de la médina. Comme le veut la coutume on va négocier le tarif avant d’entrer dans le véhicule mais notre hôte nous arrête car il possède un compteur. Michaël monte devant et regarde l’engin d’un air suspicieux et amer de sa défaite topographique. 

Toutefois il ose poser la question au chauffeur après quelques secondes de route. Le compteur indique sur son afficheur tremblotant un 1.00

  • Michaël :  Il est où le bassin de l’Agdal, Monsieur ?
  • Chauffeur : ben là juste là, vous ne l’avez pas vu ? (l’air incrédule !)
  • Michaël bougon : Non ! (l’oeil mauvais sur le compteur)
  • Chauffeur : je peux passer devant si vous voulez
  • Michaël : Non, non … On va à la place ! 
  • Michaël : Et puis c’est 200 dirham sur le compteur là ? Demande Michaël plein de sueur et l’oeil menaçant. 
  • Chauffeur riant : Non c’est 2.00 dirham

Une fois sur la belle et grouillante place de Meknès, on entend la mélodique voix de Damien dire : « Ben moi je comprends pas pourquoi on a pas fait le détour en taxi !!! Personne il veux me laisser voir le jardin !! Pour une course à 15 dirham (soit 1,5 € à trois) ça valait le coup ! Manu garde une sage réserve sur le sujet. Michaël répond « ben oui mais j’ai cru que c’était 200 dirham !!! J’ai paniqué ! »

Ce cuisant échec nous aura permis vivre de nouvelles désespérantes et pédestres aventures. Nous avons enchainé avec un café panoramique sur la médina, une balade jusqu’à un musée fermé, une balade jusque à une mérdersa fermée pour travaux, à une maison berbère fermée, et un bar à vin (Meknès est connu pour son vin) fermé aussi. Toutefois, nous avons adoré sillonné dans la Médina sans but, profité de vues magnifiques et de la joie incommensurable de pouvoir se plaindre sans discontinuer durant toute notre journée de repos. Le rêve ABSOLU. 

Cette journée chaotique touche à sa fin et une fois tout le monde calfeutré dans son lit,  deux secousses sismiques nous ont sorties de notre torpeur. On entend Manu sauter sur l’ordi de régie pour fuir avec l’essentiel. Mais très vite ça se calme. Une fois que le lit a arrêté de faire des zigzags dans la pièce un message apparaît sur mon portable… Je vous JURE !! Il ne manquait plus que ça !! 

Le jour se lève sur une nouvelle journée à Meknès

Nous en venons à nos représentations sur le très beau site de l’Institut Français de Meknès. C’est ici que nous avons joué notre première représentation exclusivement scolaire. 300 enfants sont donc venus découvrir le spectacle. La représentation a été assez sportive car nos jeunes spectateurs ne manquaient pas d’énergie et d’enthousiasme. L’expérience restera inoubliable et riche d’enseignements sur le jeune public marocain. Dans une ambiance plus calme nous avons reçu le tout public en soirée. L’institut nous a fait l’honneur d’inviter un groupe d’enfants vivants dans un orphelinat de la ville. Une très belle représentation pleine de délicatesse notamment avec ces enfants qui comme Victor et Gabrielle sont blessés par la vie et par l’absence de l’amour de leurs famille. Après un démontage express 

Nous avons partagé dans le café qu’abrite l’institut un délicieux repas en compagnie de l’équipe de l’institut et de quelques spectatrices nous aillant attendu. Cette fin de soirée nous a ravi, car une fois encore nous avons pu constater le dynamisme et l’engagement qui règne sur le terrain et comprendre un peu mieux les grandes diversités d’actions que chacun.e mène pour la diffusion de la Culture dans le royaume du Maroc. Mais il est déjà l’heure de dormir car demain nous filons aux aurores dans la ville de Fès qui clôturera notre périple.

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