Épisode 3 : Certains regardent les étoiles à Tanger

visuel certains regardent les étoiles à Tanger

Un petit déjeuner avalé à toute vitesse vers 6h du matin et nous voilà grimpant dans le Youness Bus pour une traversée de plus de 600 km. Notre heure de départ a été avancée après que Youness nous ait annoncé qu’avec le trafic et les limitations liées au bus nous pouvions mettre jusque 10h de route ! Délai impossible, puisque nous avions un premier service de montage au théâtre à 18h. Nous voilà donc au levé du jour enfoncés dans les fauteuils du bus.

Je vous arrête tout de suite dans votre enthousiasme, dans ce qui suit vous ne trouverez pas Emmanuel la tête dans le moteur du bus, Michaël cherchant son sac dans un fossé ou Damien vissé sur le toit du véhicule à chanter une ode à la glace à la datte ou à l’avocat… Non, rien de tout ça…

Juste un tour de passe passe à la marocaine car Youness a finalement réussi à ne mettre que 7h pour nous déposer à bon port. Voici le voyage depuis la fenêtre :

Un petit miracle qui nous aura permis de commencer du bon pied avec Hicham et son équipe technique sur le pont dès notre arrivée dans la salle Becket de L’institut français de Tanger. La salle est idéalement située entre le quartier de la ville nouvelle et les quartiers plus populaires de la médina. Elle est plus complexe à prendre en main que celle de Marrakech mais tout se déroule bien, grâce aux l’ingéniosité de tous (on aura repeint un mur, démonté des rideaux noirs pour en faire des pendrillons cousus à l’épingle etc.)

Lors du premier service de montage, dans notre enthousiasme nous abordons la date qui suivra celle de Tanger à Tétouan. Elle sera plus délicate car elle nécessite un pré-montage lumières et draperies, la vieille de notre arrivée…
– AH ?!
– Quoi ? AH ??!

Les techniciens se regardent interloqués.
Michaël semble tomber dans une faille temporelle et Manu plisse les yeux un sourcil levé.

Revoyons cette scène au ralenti.

1h30 sépare la ville de Tanger de celle de Tétouan. Nous apprenons dans la discussion que les mêmes techniciens feront les deux lieux. Jusque là super. Les deux lieux partagent aussi le même matériel pour ne pas multiplier les coûts. Là aussi super… MAIS ?!

Si on termine le montage et que l’on joue à Tanger le 13/02 jusque 23h démontage inclus (en présence des techniciens) ET que le prémontage à Tétouan doit se faire le même 13/02 avant notre arrivée le 14/02 à 9h30… Comment les techniciens et le matériel peuvent-ils être à deux endroits en même temps ?????

Commence alors un ballet de téléphones, passant de mains en oreilles et de bouches en mains. Je vous passe les détails mais en gros les choses se règlent, je crois. Ouf ! nous pouvons de nouveau nous consacrer corps et âmes à Tanger.

La ville qui fait fasse à l’Espagne est à la fois perchée sur des hauteurs et s’étale en plages et en ports. C’est très beau mais le tourisme n’est pas vraiment de mise. Toutefois en sortant de El Dorado le repère du poisson grillé, Michaël cède à la tentation d’une marche nocturne sur la plage avec Damien alors que Manu rentre se reposer à l’hôtel Chellah (Sheila ricanement idiot de qui vous savez).

La balade sur le front de mer agrémentée de grandes réflexions sur l’architecture, sur Tanger en été et sur l’influence espagnole nous poussent jusque loin. Si bien que pour le retour nous décidons de longer la mer en marchant sur le sable. N’est ce pas bucolique et charmant ? N’est-ce pas une jolie récompense après cette rude journée ? Michaël commente alors :

  • c’est fou ! L’éclairage est tellement puissant que l’on voit le sable comme en plein jour !
  • C’est vrai, ils sont fort ces marocains ils ont de bonnes ampoules ! Ricanement de fatigue !!

En fait il s’agissait au loin de la police qui surveillait la plage avec d’énormes projecteurs braqués sur nous…
Confiants et bons marcheurs nous continuons notre route les yeux braqués sur les phares du rivage opposé pour comprendre la géographie et la proximité de l’Espagne. Je vous épargne notre désir d’incarner subitement des danseuse andalouses avec robes à volants et tout le tralala.
Cette fois c’est le clignotement d’une lampe à LED (laide… ricanement de fatigue) qui nous sort de notre conversation.
C’est pénible !!!! Encore un vendeur de gadgets qui cherche à attirer notre attention alors qu’il est si tard. Il va vouloir nous refourguer ses jouets lumineux. On accélère le pas ignorant royalement cet importun.
Quelques mètres plus loin une silhouette virile surgit d’un pas décidé. On s’approche telles deux gazelles peu farouches pensant aller à la rencontre de notre vendeur à la sauvette un poil pénible. Mais une fois à sa hauteur nous lisons sur le gilet fluo chatoyant Police Royale des Frontières…
– Michaël je ne pense pas qu’il vende des chameaux lumineux …
– Vous êtes des réfugiés ?

On se voyait déjà jeté au cachot dans une geôle humide. Adieu Sheila !!!!

Mais de concert nous avons rétorqué :
– Ahhhhh mais pas du tout, du tout, monsieur l’agent ! C’est une erreur !!!
– …

Je pense que la réponse chorale, notre français désuet autant que notre récent statut de danseuses andalouses aura eu raison de la volonté de notre interlocuteur. Il a fait pour être honnête un pas de recul les yeux grands ouverts en nous disant bienvenu au Maroc et il est parti en reculant.

Nous sommes partis dormir sur cette victoire pour affronter la dernière journée à Tanger. Je dois admettre que la représentation a été assez folle avec un public très heureux d’être là avec nous. Un public familial, scolaire cette fois et officiel puisque le vice-consul de France était là aussi. Les délais ne nous permettaient pas de faire de rencontre avec les spectateurs. Mais ce qui est amusant c’est que du public est revenu dans la salle pendant le démontage car ils débattaient entre eux dans le rue pour savoir ce qui était vrai ou faux dans notre histoire. N’en pouvant plus ils ont décidé de venir nous voir.

La soirée c’est très agréablement terminée avec l’équipe de l’Institut français de Tanger autour d’un délicieux dîner et de grandes discussions passionnées.

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